Vincent Rousseau • 24 rue du Château d'eau 16000 Angoulême •  • 06 71 23 76 81

Les Yeux Fertiles • Vincent Rousseau
24 rue du Château d'eau 16000 Angoulême • 
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Le stage d'initiation au dessin de l'Atelier Les Yeux Fertiles a été mis en place pour plusieurs raisons. La première, la plus évidente, la plus facile à identifier : le désir de partager une passion, celle du dessin d'art, qui m'anime depuis "mes années lycées", vers l'âge de 16-17 ans, âge à partir duquel je me suis mis au dessin sérieusement. La seconde, relève d'une rencontre clé : en 1986, je découvrais en librairie, à Nantes, le livre d'une enseignante américaine en Beaux-Arts, Betty Edwards, "Dessiner grâce au cerveau droit" ("Drawing on the right side of the brain"). Ce livre a été pour moi une vraie révélation. J'y découvrais une méthode de dessin moderne accompagnée d'explications riches et détaillées qui éclairaient d'un nouveau jour mon propre parcours d'apprentissage du dessin (j'ai appris seul, suivant un parcours long, lent, patient, tranquille, mais acharné, jalonné de doutes et d'échecs comme de réussites et d'enthousiasme) et faisait naître en moi un désir jusque-là resté inconnu, celui d'enseigner, et bien sûr, d'enseigner le dessin.

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Veuillez réfléchir vraiment à deux fois avant de plagier à votre tour et sans scrupules mes textes.
Pour les curieux, la liste des plagiaires de mon site est là…

Principales qualités de cette méthode de dessin à mes yeux

Lorsque je la découvrais, la méthode Betty Edwards avait à mes yeux deux qualités essentielles :

  1. Premièrement, elle se fondait sur une théorie scientifique, à une époque où je sortais d'études scientifiques et techniques (DUT de biologie appliquée, université de Tours) ;
  2. deuxièmement, elle posait les bases d'un enseignement du dessin accessible à tous, sans conditions préalables de "don", de je ne sais quelle "prédisposition", de "talent", ni même de compétences techniques ou de "dextérité" ; elle remettait donc en question les principes d'un enseignement traditionnel élitiste et excluant : la pratique artistique n'était plus réservée aux êtres prétendument "doués" et "talentueux" (imaginez un instant si l'on appliquait le même principe – à savoir la nécessité d'un don – à la lecture, à l'écriture et au calcul, qui ont l'honneur de figurer parmi les "savoirs fondamentaux" !).

Principes de base :
le "mode droit" et les "aptitudes visuo-perceptives de base" du dessin

Deux modes de pensée, le "droit" et le "gauche"

Pour simplifier cette approche proposée par Betty Edwards depuis au moins 1977*, approche fondée en grande partie sur les nouvelles connaissances de cette époque concernant le fonctionnement du cerveau humain (travaux de Roger Sperry, Prix Lasker en 1979 et Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1981), nous pouvons dire que notre esprit perçoit le monde selon deux modes de pensée à la fois opposés et complémentaires. Betty Edwards les a nommés "mode gauche" et "mode droit", le premier relevant plutôt du traitement, entre autres choses, de la lecture et de l'écriture (un mode verbal, linéaire, séquentiel), l'autre, du traitement des informations visuelles (un mode global, perceptif, sensoriel, non-verbal), effectivement très particulier, auquel se livre un dessinateur. Betty Edwards à qualifié cette approche visuo-perceptive typique du "mode droit" : "voir à la manière de l'artiste" et en a fait le socle de son enseignement du dessin et le sujet principal de ses livres et de ses études de doctorat.

Betty Edwards a bien mis en lumière les tendances de chacun des deux "modes de pensée", expliquant les liens qu'entretien l'aptitude au dessin avec chacun des deux hémisphères du cerveau, et montrant par exemple l'influence néfaste du "mode gauche" sur l'apprentissage du dessin, avec sa démarche linéaire, séquentielle, logique, verbale et symbolique, si obnubilé qu'il est par l'identification et la catégorisation des choses. Or il se trouve que pour bien dessiner quelque chose, il n'est pas nécessaire de savoir de quoi il s'agit, ni à quoi cela sert ! Il suffit de l'observer très attentivement et de le représenter avec le moins d'interprétations possibles, en respectant au mieux les relations qu'entretiennent entre elles et avec l'ensemble les différentes parties qui le composent, dans toute leur richesse et leur complexité (dimensions, positions, orientations, degré de clarté…).

* Sur son blog, Betty Edwards montre la copie d'un article du Los Angeles Times parlant de sa méthode et daté de 1977. La première édition de son livre "Dessiner grâce au cerveau droit", remonterait à 1979. La version en langue française est éditée depuis toujours par les Éditions Mardaga.

Pas encore de cartographie des zones du cerveau impliquées dans le dessin, mais est-ce si important ?

Pour autant, tandis qu'elle nous donnait une vue d'ensemble simplifiée de ces deux modes de pensée, Betty Edwards n'est jamais allée jusqu'à établir une cartographie précise des spécialités des deux hémisphères du cerveau, cartographie de toute manière impossible à établir avec certitude à l'époque de la parution de la première édition de son livre phare (1979), et même encore aujourd'hui. Dans les éditions récentes de son livre (2012), elle aborde d'ailleurs cet aspect des choses, rappelant sa terminologie ("mode droit" plutôt que "cerveau droit"), sa méthode d'enseignement du dessin "Drawing on the right side of the brain" ayant fait l'objet de critiques à ce niveau (voir la citation à la fin de cet article). Les aptitudes supérieures de l'esprit sont en effet plus le résultat de l'interaction de multiples zones du cerveau ; elles nécessitent généralement l'intervention de nombreuses zones plus ou moins spécialisées, à droite ou à gauche. Cependant, la science moderne parvient aujourd'hui à localiser avec plus de précisions les aires du cerveau mises en œuvre dans telle ou telle activité intellectuelle ou perceptive humaine. C'est le cas par exemple de la lecture, qui fait appel notamment à "l'aire de la forme visuelle des mots", une toute petite zone située dans le cortex visuel gauche (voir les recherches conduites par Stanilas Dehaene grâce à l'imagerie cérébrale). Les chercheurs continuent de travailler sur ce sujet et il n'est pas exclu que la science puisse un jour nous apporter des éléments précis de compréhension des processus mentaux mis en œuvre dans le dessin d'art. Mais pour apprendre à dessiner, la localisation exacte dans le cerveau de telle ou telle aptitude n'est pas indispensable et Betty Edwards a, la première, vu ce qui était le plus important dans sa méthode : les aptitudes visuo-perceptives de base, et non pas la théorie cerveau droit/cerveau gauche.

Les aptitudes visuo-perceptives de base du dessin : les véritables clés du dessin et stratégies d'actions du "mode droit" du cerveau

À partir de là, l'apprentissage du dessin s'éclaire d'un nouveau jour : pour bien apprendre à dessiner, il faut d'abord et avant tout "apprendre à voir à la manière de l'artiste".

Ceci suppose, d'apprendre à faire appel en priorité au "mode droit" de notre cerveau, celui qui peut passer des heures à observer et qui sait dessiner ce que nous avons devant les yeux sans utiliser une mémoire enfantine, schématique et fortement symbolique des choses et des êtres ("Drawing Without Symbols" est une expression utilisée par l'équipe enseignante de l'entreprise créée par Betty Edwards pour promouvoir sa méthode, et aujourd'hui dirigée par son fils Brian Bomeisler). Même sans se préoccuper de latéralisation cérébrale des compétences, aborder ainsi la question en termes de mode de pensée reste tout à fait pertinent, et facilite la compréhension et la popularisation de la méthode. On parle aujourd'hui d'approche "métaphorique", par opposition à une approche directe par les neurosciences. On veillera simplement à ne pas caricaturer les choses, en décrétant par exemple qu'un dessinateur ou un artiste a une "dominance cerveau droit". Possible qu'il utilise un peu plus son hémisphère droit que le commun des mortels ; mais il établit certainement plutôt de nouvelles connexions, différentes et plus nombreuses, dans tout son cerveau.

Pour y parvenir, nous avons besoin d'outils, de méthodes, de stratégies d'activation de ce mode de pensée particulier : il nous faudra mettre en œuvre de nouvelles aptitudes visuo-perceptives, de ces aptitudes que l'école développe peu, car elles ne sont pas (ou peu) requises pour l'apprentissage de la lecture, de l'écriture, du calcul, du raisonnement logique...

Fort heureusement pour nous, ces aptitudes fondamentales du dessin n'ont rien d'exceptionnel, et tout être humain en est "équipé" et les utilise probablement sans même le savoir dans tout un tas d'activités, sportives, professionnelles, domestiques... Certaines personnes seront d'ailleurs "prédisposées" lorsque leurs activités, y compris de loisirs, les amèneront, sans le savoir, à solliciter plus que d'autres ces aptitudes si utiles dans le dessin. Ce fut mon cas, d'ailleurs, lorsqu'une partie de mon enfance m'exposait de manière fréquente à des stimulus visuels et sensoriels (magnifiques souvenirs de la forêt d'Évreux), épanouissant des aptitudes qui seraient plus tard un atout formidable pour mon apprentissage du dessin (évaluation des distances, perception des valeurs, des contrastes, évaluation des inclinaisons, patience, goût de l'observation intense et silencieuse, sens de l'orientation... tout cela par le simple fait de baigner dans un environnement naturel riche et stimulant... sans oublier un environnement familial favorable à l'éducation artistique.

Il se trouve en outre que lesdites aptitudes (pour les impatients, je donne la liste ci-dessous ;-) sont une porte d'accès privilégié au "mode droit", et que chaque aptitude de base du dessin est donc en elle-même une stratégie d'activation du mode cérébral le plus compétent pour le dessin.

Le processus mental du dessinateur

Pour en avoir moi-même fait l'expérience, je peux en effet témoigner que mon processus mental de dessinateur est tout à fait différent de celui qui me "pilote" au quotidien, ou maintenant, à l'instant où j'écris ces lignes. Il est tout à fait pertinent de parler, comme l'a fait Betty Edwards, "d'état de conscience légèrement altéré", état dans lequel mes perceptions visuelles et gestuelles sont exacerbées et prédominantes, tandis que ma perception du temps (je veux parler par exemple de la sensation du temps qui s'écoule, de manière linéaire) et celle de l'espace (je veux parler à la fois de la perception des formes que j'observe autour de moi pour les dessiner et des relations entre elles, tout autant que celle de mon corps, qui se trouvent alors intimement reliées) sont modifiées de manière notable et plutôt euphorisante ! Jill Bolte Taylor, une scientifique américaine spécialisée en neuroanatomie, nous donne une bonne idée de cet état de conscience qui relèverait selon elle prioritairement de l'hémisphère droit, dans un livre et une conférence où elle relate son expérience personnelle d'un accident vasculaire cérébral qui a touché son hémisphère gauche (dont elle a mis une dizaine d'années à récupérer, mais avec succès).

“Voir à la manière de l'artiste”, c'est d'abord maîtriser les aptitudes clés du dessins

La suite coule de source : il nous faut surtout identifier les aptitudes fondamentales du dessin, que l'on peut qualifier aussi de "clés du dessin", et qu'il est nécessaire et suffisant d'apprendre et de cultiver pour être enfin capable de reproduire de manière fidèle ce que nous avons sous les yeux, bref, réussir à dessiner de manière à obtenir des œuvres dotées de suffisamment de ressemblance et de réalisme, pour satisfaire ce désir de réalisme et de ressemblance qui se dévoile en nous vers la pré-adolescence, et être capable alors de dire "je sais dessiner" (au regard de la production des artistes dont nous admirons les créations).

Ces aptitudes, il nous faudra non seulement en faire la liste, mais aussi trouver le moyen de les enseigner, d'en faire comprendre l'importance et de les faire s'épanouir chez tout un chacun, dès lors que nos élèves sont animés du désir d'apprendre et savent faire preuve de persévérance (à ce niveau, aucune différence avec l'apprentissage de n'importe quelle autre compétence : sans motivation ni détermination, moins de réussite et même pas mal d'échecs).

Betty Edwards a clairement identifié plusieurs aptitudes de base pour l'apprentissage du dessin : perception des contours, perception des espaces ("espaces négatifs", "formes positives", vides et pleins), perception des relations* et rapports de proportions*, perception des inclinaisons*, perception des ombres et lumières (contrastes et valeurs, si importants dans le clair-obscur), perception globale. Une liste à laquelle j'ajouterai la perception gestuelle et posturale** (la réussite dans le dessin nécessite aussi une perception fine de son corps, du bras, de la main, des doigts, de tous les mouvements effectués pour tracer sur une feuille une représentation complexe et fidèle de ce que nous observons). Nous pouvons citer ici Betty Edwards : "dessiner est une technique globalisante, entière, qui ne requiert qu'une palette limitée de composants de base". Cette déconstruction, très efficace pour tout nouvel apprentissage, d'une aptitude complexe en sous-aptitudes de base, est un des principes cités dans le best-seller de Josh Kaufman, "The first 20 hours (How to learn anything… FAST!)".

Des recherches scientifiques récentes (2014) semblent pouvoir confirmer cette notion d'aptitudes visuo-perceptives de base mises en avant par Betty Edwards, comme on peut le lire par exemple dans cet article "Drawing ability" (habilité au dessin) (en anglais seulement).

La découverte et l'apprentissage de ces aptitudes clés du dessin constituent la partie la plus importante du stage de dessin dont j'anime plusieurs sessions chaque année. Elles sont le cœur de la méthode Betty Edwards, et sont d'une efficacité imparable.

* Betty Edwards regroupe ces 3 aptitudes en une seule, la "perception des relations", et leur apprentissage passe pour beaucoup par l'utilisation de la technique de la visée (pour la réalisation de dessins en perspective artistique).

** Betty Edwards évoquait un peu cette aptitude dans les premières éditions de son livre, mais l'a finalement mise de côté. Dans son autre livre "Vision, Dessin, Créativité", elle évoque aussi le "dessin de geste" et propose l'exercice "Dessiner une tempête", qui n'a pas été repris dans son best-seller "Dessiner grâce au cerveau droit". De fait, posture et gestuelle ne sont pas indispensables pour apprendre à dessiner (j'ai appris sans elle, et j'en ai découvert toute l'importance plusieurs années après mes débuts, grâce notamment à la calligraphie à la plume). Mais elles accélèrent et renforcent l'apprentissage du dessin. L'aptitude gestuelle sera d'une aide précieuse, cruciale pour certaines personnes, supprimant des blocages corporels qui perturbent et ralentissent l'apprentissage du dessin (mauvaise tenue du crayon, habitude de pencher la tête sur le côté, bras appuyé sur la table, usage systématique des doigts et du poignet, gestes parasites involontaires du poignet, du coude, du buste…, tensions musculaires…), et ajoute le bien-être physique à l'exaltation mentale (l'état modifié de conscience provoqué par la pratique du dessin).

Intégrer par la pratique les aptitudes fondamentales du dessin puis acquérir progressivement des compétences complémentaires

Ces 7 aptitudes de base, petit à petit, par la pratique régulière du dessin, deviennent automatiques, naturelles, faciles, totalement intégrées en une compétence globale : le dessin. Lui-même se verra enrichi progressivement de nouvelles compétences : dessiner de mémoire (l'entraînement de la mémoire visuelle et gestuelle est très important), utiliser des règles de composition, utiliser les lois de la perspective, dessiner des images intérieures et créer des œuvres de l'esprit sans aucun modèle, innover, par exemple en cherchant à inventer de nouvelles représentation... Le dessin d'art dépasse en effet de très loin le seul dessin de copie (qui n'est qu'un préalable, un premier pas, une étape ou alors un moyen, une porte…) et explore tous les chemins qui s'offrent à l'esprit curieux et animé du désir de créer. L'acte créateur est en effet notre objectif premier, et le dessin un moyen pour y parvenir.

Grâce au travail de Betty Edwards (http://fr.wikipedia.org/wiki/Betty_Edwards), qui repose sur son parcours d'enseignante en art et sur un cursus d'études qui l'a menée jusqu'à un doctorat en art, éducation et psychologie de l'UCLA (Université de Californie, Los Angeles, qui est l'une des plus importantes institutions de recherche mondiale et classée au 2e rang des universités publiques américaines), nous disposons depuis les années 80 d'une méthode très efficace pour enseigner le dessin, rapidement (5 jours selon le cursus défini par Betty Edwards), avec d'excellents résultats, et avec de complets débutants (stade de l'adulte qui ne dessine pas tellement mieux qu'un enfant de 10-12 ans).

Validation scientifique de la méthode Betty Edwards ?

Le "cerveau droit" créatif, artiste… serait d'ores et déjà relégué au rang de mythe ! En ce début du 21e siècle, des aptitudes visuelles et gestuelles précises font l'objet de recherches en neurosciences très prometteuses, qui éclairent sous un nouveau jour notre compréhension du processus du dessin.

Aucune expertise scientifique solide de la méthode Betty Edwards, mais…

La théorie de la méthode Betty Edwards n'a pas encore, à ma connaissance, fait l'objet d'une étude scientifique complète. J'en ai trouvé de brèves mentions dans un ouvrage destiné aux étudiants en neurosciences (Springer & Deutch, "Cerveau gauche, cerveau droit, à la lumière des neurosciences", ). Mais le vent tourne. Depuis le début de ce 21e siècle, plusieurs équipes de spécialistes se penchent avec sérieux sur le dessin (après avoir étudié la lecture, l'écriture, le calcul ou la musique…) et j'ai fait l'effort de lire plusieurs des études publiées depuis l'an 2000 (on peut se les procurer notamment sur le site http://www.sciencedirect.com). À la lueur de ces recherches, les progrès des neurosciences concernant le dessin ne me semblent pas fondamentalement contredire l'approche de l'enseignement du dessin proposé par Betty Edwards, en premier lieu les obstacles provoqués par notre éducation centrée sur la lecture et l'écriture, et en second lieu les progrès rapides obtenus dans l'apprentissage du dessin par l'utilisation des "aptitudes visuo-perceptives de base". Ces dernières constituent en fait le véritable cœur de la méthode Betty Edwards, et cette méthode mériterait de ne plus être qualifiée de "méthode de dessin cerveau droit", car les techniques modernes d'investigation du fonctionnement du cerveau nous montrent quelque chose de beaucoup moins caricatural, de plus riche, de plus complexe, de plus vaste. En fait, l'opposition "cerveau gauche" contre "cerveau droit" a vécu. Elle est même déjà catégorisée parmi les "mythes des neurosciences". Dans la perpétuation de son usage, il reste surtout une manière confortable (car déjà populaire) de proposer des alternatives à l'enseignement classique du dessin (je dirais plutôt son "non-enseignement", car l'essentiel de la population, en France, ne sait pas dessiner, alors qu'elle sait lire et écrire).

Les recherches récentes mettent en lumière une implication de multiples zones dans les deux hémisphères du cerveau, le gauche et le droit

Le processus étudié, le dessin, est complexe et difficile à observer (par l'imagerie médicale), mais ce qui est certain, c'est qu'il implique bien plus que l'hémisphère droit, mais plutôt de nombreuses zones du cerveau tout entier (même si une légère prépondérance de l'hémisphère droit semble vouloir se confirmer) : perception visuelle, première analyse des données visuelles brutes, conversion des données visuelles en gestes du bras et de la main (hémisphère gauche pour toute personne droitière), mémoire de travail (sur quelques secondes), influence des connaissances (par exemple : proportions du corps humain, lois de la perspective, connaissances anatomiques, connaissances sur la perception visuelle), influence de ce qui est observé et dessiné (un visage n'a pas le même effet sur nous, humains façonnés par les émotions et le langage, qu'un objet ou une figure abstraite), mémoire motrice, coordination entre l'œil et la main, mouvements des yeux (le petit film de John Tchalenko cité en bas de page pourra vous donner une idée de cette complexité), et même, influence des émotions…

Des voix se sont élevées pour mettre en garde contre les abus issus des études scientifiques sur la spécialisation de chaque hémisphère du cerveau, mettant le "cerveau droit" à toutes les sauces, et cela est une très bonne chose. La vulgarisation viciée de la science a prouvé qu'elle pouvait aboutir à des monstruosités. À ce niveau, Betty Edwards peut se targuer de la caution de Roger Sperry, qui a relu son livre et jugé "raisonnables" les applications qu'elle faisait, à l'époque, de ses recherches sur le cerveau humain ; de plus, elle a depuis le début porté son intérêt sur les processus mentaux qui existent dans l'esprit des dessinateurs, plus que sur leur localisation exacte dans tel ou tel hémisphère du cerveau. Et surtout, elle a clairement identifié quelques aptitudes de base qui lui semblaient être constitutives de l'aptitude au dessin et en fait l'élément le plus important de sa méthode (elle insiste particulièrement sur ce point dans la dernière et ultime édition de son best-seller, parue en avril 2012 — 2014 pour la traduction française). Dans le même temps, elle a continué de suivre l'évolution de la recherche scientifique sur le sujet, s'intéressant de près, par exemple, au développement étonnant et soudain d'aptitudes artistiques chez les personnes atteintes de "démence fronto-temporale" (voir liens en bas de page).

Ce sont ces "clés du dessin" que les recherches scientifiques d'aujourd'hui commencent à étayer de manière crédible. Une fois qu'elles auront été identifiées et comprises, des méthodes d'enseignement du dessin plus efficaces et applicables à tous pourront certainement être mises au point, comme cela a été le cas pour la lecture (voir les travaux de Stanislas Dehaene et de son équipe).

Au-delà de la théorie, des résultats remarquables et incontestables

Une chose est certaine : l'application rigoureuse de la méthode Betty Edwards, partout dans le monde (son livre est un best-seller, traduit dans une douzaine de langues et vendu à plusieurs millions d'exemplaires), donne des résultats rapides et étonnants, avec des élèves qui passent en 5 jours du stade du dessin d'enfant au dessin d'un portrait de bonne facture (encore imparfait certes, par manque de savoir-faire technique, mais déjà vraiment réussi) ! C'est ce que je peux expérimenter moi-même tous les ans depuis 1999, avec mes stagiaires (petits groupes de 5 à 6 personnes débutantes, et 4 à 6 stages par an). On trouve sur Internet de nombreux travaux d'élèves ayant expérimenté cette méthode, dont les dessins de mes propres stagiaires.

Avant de conclure, je citerai de nouveau Betty Edwards : "La théorie et les méthodes présentées dans mon livre se sont révélées empiriquement fructueuses. En bref, la méthode fonctionne, sans se soucier de savoir dans quelle mesure la science future pourrait éventuellement déterminer la localisation exacte et corroborer le degré de séparation des fonctions cérébrales dans chacun des deux hémisphères" (je précise ici : du cerveau) (page 24 de la 3e édition en langue française de "Dessiner grâce au cerveau droit", 2002, Pierre Mardaga Éditeur). La méthode de dessin de Betty Edwards a effectivement fait ses preuves partout dans le monde pour des milliers d'élèves débutant dans l'apprentissage du dessin.

Betty Edwards a surtout mis en lumière l'importance des aptitudes visuo-perceptives de base du dessin, dont l'apprentissage est bien plus important que toute théorie, quelle qu'elle soit, sur le fonctionnement du cerveau. Ces aptitudes mettent en jeux très probablement une multitude de zones dans tout notre cerveau, dont l'interconnexion, la mise en réseau, à un moment donné, donne l'efficacité dans le dessin.

Pour mieux voir et dessiner : voir et penser autrement. Pour y parvenir : apprendre à dessiner, c'est-à-dire à utiliser les aptitudes de base du dessin !

Je pense, pour conclure, que si le processus du dessin reste difficile à étudier pour les spécialistes des neurosciences, en revanche, je suis depuis longtemps convaincu qu'il n'est pas difficile à acquérir. Certes, il est admirable, mais il n'a rien de magique, ni de si complexe dans son application pratique ; et finalement, peu d'aptitudes physiques et mentales sont requises pour apprendre à dessiner (moins de dix aptitudes fondamentales).

Certains aspects du processus du dessin sont simplement très différents, pour ne pas dire opposés, aux processus mis en œuvre dans la lecture, l'écriture, le calcul, ou encore la logique (les "savoirs de base" que l'école a pour mission d'inculquer aux enfants). C'est là que prend sa source la méthode Betty Edwards, avec ses deux modes de pensée "gauche" et "droit" et c'est sur cette base que la méthode a pu commencer à porter ses fruits depuis le début des années 80. Pour dessiner, il faut au bout du compte, non seulement voir, mais penser autrement.

Je crois, comme Betty Edwards, que les principaux obstacles à l'apprentissage du dessin sont effectivement les schémas mentaux mis en place dans l'enfance et en relation avec ces aptitudes (si utiles par ailleurs) que nous apporte l'école (lire, écrire, compter, penser de manière logique, raisonnable, efficace…, apprendre et appliquer des règles…) : à l'âge où notre développement mental nous rend aptes à l'apprentissage du dessin d'art, nous sommes déjà soigneusement ligotés par des à priori conceptuels, des clichés perceptifs, des stéréotypes de pensée.

Nous sommes par exemple convaincus, mais sans aucune preuve rationnelle, que pour apprendre à dessiner, il faut être "doué", qu'il faut avoir du "talent", avoir été doté des "bons gènes" ! Dès lors, nous ne faisons même plus l'effort de tenter d'apprendre ce qui nous a été refusé par le "destin". Certaines personnes, pourtant désireuses d'apprendre le dessin, refusent même de manière agressive de tester la méthode Betty Edwards ; leurs croyances sont alors le véritable obstacle. Alors qu'il n'en faut pas plus pour apprendre à dessiner que pour apprendre à lire et à écrire (certainement moins, d'ailleurs : l'apparition du dessin n'a-t-elle pas précédé celle de l'écriture, au cours de la longue histoire de l'Humanité ?).

Nous sommes aussi conditionnés à travailler dans l'ordre, de manière analytique, séquentielle et selon une séquence "efficace", "proprement", avec introduction, développement et conclusion. Parfait, excellente méthode dans bien des situations ; je l'applique souvent. Mais ce n'est pas là une bonne démarche pour un dessinateur, qui procèdera tout au contraire dans le désordre, dans toutes les directions, de manière apparemment brouillonne, en revenant souvent sur ses pas, manipulant mentalement et simultanément plusieurs parties de son modèle à reproduire, pour les relier et les assembler en un tout global et cohérent, l'œuvre. Pour apprendre à dessiner, il faut en quelque sorte mettre de côté les méthodes acquises dans d'autres domaines (l'écriture, le calcul, la logique…) pour en apprendre de nouvelles radicalement différentes.

C'est à ce stade que les "clés du dessin" proposées par Betty Edwards font des miracles, car leur utilisation permet de changer notre façon de voir ce que nous voulons dessiner, pour mieux le dessiner, sans interférence de nos préjugés mentaux habituels et des méthodes que nous avons apprises depuis l'enfance, mais qui se révèlent malheureusement totalement contre-productives dans le domaine du dessin (un adulte dessine alors à peine mieux qu'un enfant). Par exemple : percevoir et dessiner les vides (ce que l'on ne peut pas nommer) plutôt que les pleins (ce que l'on peut nommer et pour lequel on dispose de symboles graphiques simples), dessiner plusieurs choses en même temps et sans ordre particulier (comparer, relier, percevoir et dessiner globalement), regrouper plusieurs éléments pour mieux les dessiner (combiner, regrouper), dessiner la forme des ombres plutôt que les éléments qui produisent ces ombres (par défaut, notre cerveau ignore les ombres et la forme des ombres)...

Dans les années qui viennent, il ne fait pas de doute que je surveillerai de près l'évolution des recherches en neurosciences à propos du dessin, car je rêve de ce jour où la science pourra nous apporter un éclairage intense et avec moins de zones d'ombre sur les processus cérébraux en action dans le dessin, avec à la clé une méthode d'enseignement du dessin encore plus efficace que celle que nous a apporté Betty Edwards (choses faites par Stanislas Dehaene et son équipe dans le domaine de la lecture et de l'écriture). D'ici là, l'enseignement des aptitudes visuelles et gestuelles de base du dessin donne déjà d'excellents résultats, y compris avec des gens qui se pensaient "nuls en dessin" et incapables d'apprendre à dessiner.

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